top of page

Lucien Gires, mémoire vivante de Saugues et artiste du Gévaudan

  • Photo du rédacteur: Gorges du Haut-Allier
    Gorges du Haut-Allier
  • 25 août 2025
  • 4 min de lecture

Impossible de parcourir les rues de Saugues, en Haute-Loire, sans croiser l’empreinte artistique laissée par Lucien Gires, surnommé affectueusement « Lulu ». Peintre, sculpteur et décorateur autodidacte, il est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus fervents ambassadeurs de l’art rural et du patrimoine du Gévaudan. Né en 1937 et décédé en 2002, cet artiste sauguain a consacré sa vie à sublimer les paysages, les métiers d’antan et les visages de sa région natale.



Une vocation profondément enracinée


Issu d’une famille modeste, Lucien Gires est le dernier de trois enfants (Joseph, Louis et enfin Lucien). Son père était sabotier et sa mère, Zélina, descendait d’une famille de tailleurs de pierre. Dès son plus jeune âge, il est initié aux techniques de la pierre, du bois et du dessin, aux côtés de son grand-père. Il n’a pourtant suivi aucune formation artistique. Tout ce qu’il a appris, il l’a appris par passion, par observation et par pratique. Son parcours est celui d’un artisan au talent exceptionnel, devenu artiste par amour du geste et de la mémoire locale.


Son style se distingue par une sincérité brute, une attention au détail ethnographique, et une profonde humanité. Il se considérait comme un témoin plus que comme un artiste, toujours soucieux de transmettre les gestes, les visages et les traditions de son pays. Lucien Gires ne s’est jamais éloigné de Saugues. Il aimait profondément son village, ses traditions, ses habitants.


Oeuvre de Lucien Gires à la Tour des Anglais


Un parcours jalonné de créations magistrales


Dès ses débuts, « Lulu » conçoit des affiches pour fêtes votives ou bals. Son premier projet marquant est le Diorama de Saint-Joseph à Espaly, où il apprend la sérigraphie avant son service militaire. À son retour, la mairie de Saugues le met à disposition la Tour des Anglais, qu’il restaure lui-même avant d’en faire son atelier. Il y crée deux grandes toiles de 9 m × 6 m représentant les métiers forestiers, les travaux des champs et la vie rurale dans le Gévaudan. Depuis les années 1970, cet espace accueille les visiteurs pour découvrir son œuvre monumentale.


Toile - Les métiers des champs


Le diorama de Saint-Bénilde constitue la première grande réalisation de Lucien Gires. Conçu en 1962, il est installé dans l’ancienne école de la rue du Prieuré, là même où le Frère Bénilde exerça en tant qu’instituteur. Ce dispositif unique se compose de treize tableaux animés, présentés en enchaînement et accompagnés d’un jeu de son et lumière. Il retrace non seulement la vie du Frère Bénilde, figure emblématique de la ville et saint patron des accordéonistes, mais aussi des scènes de la vie quotidienne à Saugues au XIXe siècle. Accessible gratuitement au public, ce diorama témoigne de l’attachement de l’artiste à son territoire et à ses racines. Sa mère, Zélina Gires, lui apporta une aide précieuse pour ce projet, en confectionnant les costumes des personnages et en réalisant les supports visuels tels que les affiches.


Parmi les nombreuses œuvres que Lucien Gires a laissées à Saugues, les fresques de l’Église Saint-Médard occupent une place toute particulière. Réalisées sur toile de jute, ces peintures monumentales s’intègrent parfaitement à l’architecture du lieu. L’utilisation de ce matériau modeste mais chaleureux, reflète bien la démarche de l’artiste, à la fois humble, proche des gens et profondément ancré dans son territoire. Ces fresques sont aujourd’hui un élément fort du patrimoine religieux de Saugues.


Fresque - La viie de Saint Bénilde
La vie de Saint Bénilde


Son ultime projet, et sans doute le plus ambitieux, reste le Musée fantastique de la Bête du Gévaudan. Entamé en 1989 avec l’aide précieuse de sa fille Blandine, il nécessita plusieurs années de démarches avant de voir le jour. Ouvert au public en 1999, ce musée met en scène la célèbre légende qui terrifia la région entre 1764 et 1767, à travers un parcours immersif composé de 22 scènes saisissantes.


Musée de la Bête à Saugues


Un héritage gravé dans la mémoire et les lieux


Tout au long de sa vie, Lucien Gires a aussi illustré de nombreux ouvrages pour enfants et adultes consacrés au Gévaudan, et ses talents de sculpteur l’ont conduit à réaliser de nombreuses stèles et sculptures religieuses à Vazeilles, à la Vachellerie (stèle de la résistance en pierre reconstituée), à l’église de Beaumont, au Puy-en-Velay ou encore à Langeac. Ses créations ornent aussi des institutions prestigieuses, à l’image du Grand Palais à Paris, où il a exposé ses toiles notamment dans le cadre du Salon des Indépendants, ou encore des Arts et Métiers de Lyon, qui conservent l’un de ses Christs monumentaux en cuivre martelé de plus de 2 mètres.


En 1997, il est fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Depuis sa disparition en 2002, Saugues continue de lui rendre hommage. La route du Puy porte désormais son nom, et chaque année, un concours de peinture (Prix Lucien Gires) est organisé en son honneur. À cette occasion, artistes amateurs et professionnels investissent les rues de la ville pour représenter, à leur manière, le patrimoine et la vie de la cité.




« Moi, ma réussite, c’était de vivre à Saugues d’abord, et puis, si possible, de faire un peu de peinture. Le bonheur, c’est une forme de sagesse, ne pas être envieux des choses futiles. »


Lucien Gires.


Fresque - Le martyr de Saint Noël Chabanel
Le martyr de Saint Noël Chabanel

Commentaires


bottom of page