La vigne dans le Haut-Allier : un héritage qui renaît dans la vallée de la Ribeyre
- Gorges du Haut-Allier

- 25 sept. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 sept. 2025
Autrefois, les coteaux ensoleillés du Haut-Allier vibraient au rythme des vendanges. Terrasses de pierres sèches, tzabones (petites cabanes de vignerons) et cépages anciens racontent encore cette histoire millénaire.
Aujourd’hui, un projet de replantation redonne vie à ce patrimoine unique.
Une histoire millénaire
Le Haut-Allier, entre Brioude et Langeac, a longtemps été une terre de vigne. Les coteaux ensoleillés bordant la rivière accueillaient des ceps qui, au fil des siècles, façonnèrent le paysage et l’économie locale.
Les premières traces de viticulture dans le Haut-Allier remontent à l’Antiquité. Dès la fin du Ier siècle après J.-C., le vin gaulois rivalise avec celui de Rome. Inquiet pour les vignobles italiens, l’empereur Domitien ordonne en 91 l’arrachage partiel des vignes des provinces. Vers 280, sous le règne de Probus, leur culture redevient libre, et la tradition locale veut que ce dernier ait fait planter les premières vignes à Saint-Ilpize.
Au fil des siècles suivants, la vallée de la Ribeyre – ce ruban étroit de moins de 25 km de long et 4 km de large entre Langeac et Vieille-Brioude – devient le cœur de la viticulture. Mais les coteaux environnants ne sont pas en reste : on trouvait des ceps sur les pentes de la Limagne Brivadoise, dans la vallée de l’Alagnon, dans de petites vallées comme celle de la Desges, et jusque dans les gorges de l’Allier, entre Chanteuges et Monistrol-d’Allier.
Le Moyen Âge marque une nouvelle étape déterminante. L’essor du monachisme entraîne la création de nombreux prieurés et abbayes qui développent la vigne pour produire leur vin de messe. Les seigneurs, eux aussi, cultivent des parcelles autour de leurs châteaux. Le prieuré clunisien de Lavoûte-Chilhac, fondé au XIᵉ siècle par Odilon de Mercoeur, conserve encore de vastes caves, témoignages de cette activité. Plus au sud, l’abbaye de Pébrac, fondée en 1062, possédait des vignes, et son abbé Jean de Flageac (1495-1525) introduisit le Pinot bourguignon.
Au XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, la réputation des vins d’Auvergne ne cesse de croître. Exportés jusqu’à Versailles, ils contribuent à la renommée de cépages locaux comme le Gouget noir. La surface cultivée atteint un sommet au XIXᵉ siècle. Dans le canton de Langeac, elle passe de 382 ha en 1813 à près de 676 ha en 1880. Chilhac en compte 172 ha en 1879 et Villeneuve-d’Allier 500 ha en 1899. Cette prospérité est stoppée net par le phylloxéra, un puceron venu d’Amérique, qui touche la Haute-Loire dès 1878, puis par la Première Guerre mondiale, privant la région de ses vignerons.

Les terrasses et les tzabones - Une architecture paysanne unique
Cultiver la vigne dans les gorges de l’Allier n’était pas une tâche facile. Pour apprivoiser les pentes abruptes, les vignerons ont créé des terrasses soutenues par des murets en pierres sèches. Ces ouvrages, patiemment bâtis génération après génération, dessinaient un véritable escalier viticole qui épouse encore aujourd’hui les coteaux. Ces murs en pierre sèche, symboles d’un savoir-faire ancestral, sont aujourd’hui reconnus comme un métier d’art rare. Un collectif de muraillers, artisans spécialisés dans ce type de construction, œuvre désormais à faire vivre et transmettre cette technique traditionnelle.
On y trouvait aussi les tzabones, petites cabanes de pierre sèche servant d’abris aux vignerons. Elles permettaient de stocker du matériel, de se protéger des intempéries ou de faire une pause à l’ombre pendant les longues journées de travail. Ces modestes abris, parfois appelés « tonnes de vigne », faisaient partie intégrante du quotidien viticole. Plus qu’un simple refuge, ils servaient parfois de lieu de repas ou de halte pour les vignerons dont les parcelles étaient éloignées de leur maison. Véritables espaces de sociabilité, ils accueillaient les familles et amis les dimanches ou les jours de fête, prolongeant la convivialité après la messe. Leur construction, inspirée des matériaux et techniques des maisons paysannes locales, reflète l’ingéniosité et l’identité culturelle de la région.
Ces constructions, discrètes mais robustes, témoignent de la persévérance de ceux qui vivaient de la vigne et contribuent encore aujourd’hui au caractère unique du paysage du Haut-Allier.

Du déclin à la renaissance viticole
Au XIXᵉ siècle, le vignoble du Haut-Allier subit un choc majeur. Le phylloxéra anéantit progressivement les ceps à partir des années 1860. En quelques décennies, la quasi-totalité des vignes du Haut-Allier disparut. Faute de moyens pour replanter avec des porte-greffes résistants, nombre de paysans abandonnèrent la viticulture. Les terrasses se couvrirent de broussailles, les tzabones tombèrent en ruine, et le vin du Haut-Allier s’effaça peu à peu de la mémoire collective.
Depuis quelques années, l’idée d’une renaissance viticole séduit de nouveau. Dans la vallée de la Ribeyre, un projet de réimplantation de la vigne a été lancé sur les terrasses de Lavoûte-Chilhac. L’objectif est double : redonner vie à un patrimoine paysager unique et produire des vins en harmonie avec le terroir.Les cépages historiques (Pinot noir, Gamay, Viognier) sont remis à l’honneur grâce au Conservatoire des Cépages de Saint-Ilpize, qui préserve plus de quarante variétés anciennes. L’expérience s’inscrit également dans une démarche durable, avec une viticulture respectueuse de l’environnement et tournée vers l’agriculture biologique.Ce renouveau ne se limite pas à la production, il offre aussi de nouvelles perspectives touristiques. Entre patrimoine, dégustations, balades parmi les terrasses restaurées et visites du conservatoire, la vallée de la Ribeyre promet de devenir un lieu où histoire, culture et nature se rencontrent à nouveau.

Explorez la vallée de la Ribeyre à votre rythme
Envie de découvrir cette vallée en VTT ? La boucle « La Vallée de la Ribeyre », longue de 21 km, part de Lavoûte-Chilhac et vous fait découvrir ce patrimoine local.
Vous préférez la randonnée pédestre ? Suivez le PR341 « Les Terrasses de la Ribeyre », une boucle de 11,4 km au départ de Villeneuve d’Allier.





Commentaires