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Le Domaine du Sauvage - Une histoire millénaire au cœur de la Margeride

  • Photo du rédacteur: Gorges du Haut-Allier
    Gorges du Haut-Allier
  • 8 août 2025
  • 4 min de lecture

Aux confins des vastes plateaux de la Margeride, entre forêts profondes, prairies d’altitude et silence minéral, s’élève un lieu à la beauté brute et à l’histoire singulière - le Domaine du Sauvage. Niché aux portes des Gorges du Haut-Allier, cet ancien hospice fondé au XIIe siècle par des seigneurs locaux et lié aux Templiers puis aux Hospitaliers, a traversé les siècles sans jamais perdre son âme. À la fois témoignage de l’ingéniosité humaine et sanctuaire naturel, le Domaine incarne l’alliance rare entre mémoire historique, préservation écologique et dynamique locale.



Domaine du Sauvage


Héritage templier devenu refuge de pèlerins


Le Domaine du Sauvage, ancienne domerie des Templiers située à 1 214–1 433 m d’altitude dans la Margeride, au cœur du Massif central, puise ses racines au Moyen Âge, évoquant près de 800 ans d'histoire. En 1198, un petit hospice est fondé par Hélie de Chanaleilles et Hugues de Thoras, avant d’être lié à l’Hôtel‑Dieu du Puy-en-Velay en 1217.


Lorsque l’ordre du Temple est dissous en 1314, ses possessions sont confisquées. Le Domaine du Sauvage, comme d’autres biens templiers, est alors attribué à l’Hôtel-Dieu du Puy. Les revenus du domaine profitent désormais aux hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, tandis que le service religieux est confié aux prêtres de la paroisse Saint-Médard de Saugues.


Au XVe siècle, le domaine devient une exploitation pastorale d’importance, accueillant jusqu’à 260 bovins. En 1816, il est cédé à la famille Saint-Léger, qui en assure la gestion avant de le transmettre à ses descendants, la famille Chirac. Elle en assure la gestion pendant plus de 150 ans, jusqu’à la fin des années 1970, modernisant progressivement l’exploitation et créant ainsi la plus grande propriété de Margeride d'un seul tenant. La famille y introduit des techniques agricoles innovantes et des équipements avant-gardistes pour l’époque, tels que la production d’électricité, des wagonnets pour évacuer le fumier ou encore la création d’un buron pour la fabrication du fromage.


Enfin, en 1971, le Département de la Haute‑Loire acquiert les lieux, engageant une gestion écoresponsable des prairies, tourbières et forêts. Simultanément, un collectif composé d’environ 31 à 40 agriculteurs locaux redonne vie au site en y créant gîtes, auberge et production fermière.


Vue sur le Domaine du Sauvage à Chanaleilles


Un écrin naturel sauvage et préservé


Niché à l'extrémité sud‑ouest de la Haute‑Loire, à la limite de la Lozère, le Domaine s'épanouit sur un vaste plateau de 750 ha. Il constitue à ce jour le plus grand Espace Naturel Sensible (ENS) du département, témoignant de la richesse et de la diversité de ses milieux.  Son sol granitique révèle une mosaïque de milieux : landes à bruyères, prairies humides, tourbières d'altitude, hêtraies, pins sylvestres et épicéas.


Classé site Natura 2000, le domaine bénéficie d’une gestion environnementale exemplaire, conciliant élevage extensif, préservation des milieux et accueil du public. Le climat y est typique de la Margeride, rude et changeant, avec de longs hivers enneigés, des vents puissants et une atmosphère saisissante, presque nordique.


Le nom "Sauvage" vient du latin silvaticum, qui signifie "lieu boisé", une évocation fidèle du caractère naturel du site. À proximité, la réserve des bisons d’Europe de Sainte‑Eulalie prolonge cette immersion dans une nature brute et préservée.


La nature entoure le Sauvage


Étape emblématique sur le chemin de Saint‑Jacques de Compostelle


Le Domaine du Sauvage est une halte majeure sur l’itinéraire de grande randonnée GR 65 – Via Podiensis, entre Le Puy‑en‑Velay et Aumont‑Aubrac. En 2023, ce sont près de 30 000 randonneurs qui y ont transité, avec 7 968 nuitées et 16 525 repas servis. Les pèlerins y trouvent deux gîtes d’étape (41 places) et une auberge proposant des repas "faits maison", à base de produits locaux en circuits courts. Ce site, isolé et empreint de spiritualité, apparaît parmi les étapes les plus marquantes du parcours, permettant une pause ressourçante et authentique.


Le film Saint-Jacques... La Mecque (2005), réalisé par Coline Serreau, a été en partie tourné dans des paysages naturels emblématiques, illustrant le rapport au domaine du sauvage que traverse le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le chemin, loin des zones urbaines, plonge les personnages dans une nature à la fois belle, rude et authentique, qui devient un acteur à part entière du récit.


Domaine du Sauvage - Etape sur le Saint-Jacques


Point d’ancrage pour la Grande Traversée du Massif Central


Le Domaine du Sauvage est une étape sportive et une halte stratégique sur la Grande Traversée du Massif Central (GTMC), que l’on parcoure en VTT ou en gravel. Il se situe au croisement de plusieurs tronçons emblématiques : entre Ruynes-en-Margeride et la Baraque des Bouviers, ou encore entre Langeac et les grands plateaux de la Margeride. À travers chaos granitiques, forêts profondes et landes d'altitude, les itinéraires offrent des vues imprenables sur les monts du Cantal et de l’Aubrac. L’itinéraire gravel évite les portions techniques tout en conservant l'authenticité du parcours VTT. Une fois arrivé au Domaine, les cyclistes peuvent profiter d’un gîte, d’un ravitaillement terroir et d’une immersion dans un site d’exception, avant de poursuivre leur traversée du Gévaudan ou en direction de l’Aubrac.



Un projet de restauration soutenu par la Fondation du patrimoine


Depuis 2025, la Fondation du patrimoine s’est engagée dans un vaste projet de rénovation au Domaine du Sauvage, visant notamment à restaurer la grange nord dont la toiture doit être remplacée par une couverture traditionnelle en ardoises. Ce chantier respecte les espèces protégées présentes sur le site (oiseaux, chauves-souris, amphibiens) et préserve l’identité architecturale du lieu. L’ambition départementale est de faire du Domaine un modèle de transmission du patrimoine bâti, naturel et immatériel aux générations futures.


Le Sauvage en rénovation

Informations pratiques


Adresse : Le Sauvage, 43170 Chanaleilles

Téléphone : 04 71 74 40 30


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